nous et vous pour l'Ecole

Publié dans L'actu vue par Nous

Rupture ? Débâcle ?

mardi, 20 octobre 2015 21:25

Pépé Jules , le Jules Houdré qui obtenait son certificat d’étude en 1899 , celui de la photo qui illustre cet article , n’avait qu’un an lorsque Jean Jaurès s’adressait en ces termes aux instituteurs et institutrices : LISEZ CETTE LETTRE.

 Réalisez l’importance que ces hommes et ces femmes avaient à cette époque.

J’ai tout un dossier composé des lettres écrites par mon grand-père sur les différents fronts durant la guerre de 1914-1919 pour lui, il a été présent à chaque endroit stratégique, à chaque moment fatidique. Fils d’agriculteurs pauvres, il a réussi à envoyer des lettres à ses marraines de guerre depuis les tranchées, parfois coincé sous des cadavres de chevaux, il parvient à s’apitoyer sur les "ch’tis gars" en face.

J’ai fait un long travail sur mes origines, et cette correspondance m’a longtemps émue plus que ce n’est dicible, car sur des chiffons, il traçait de belles lettres, et ne faisait presque pas de fautes. Comment quelqu’un, qui parlait patois, issu d’une famille d’illettrés trouvait la force d’écrire en un français correct des mots apaisants ?

La réponse est dans la lettre de Jean Jaurès, les Instituteurs et les Institutrices, en ce temps là, tenaient en leurs mains l’âme des enfants, ils réalisaient un boulot sans aucune commune mesure.

D’où un statut, un respect, une déférence à nuls autres pareils.

Il n’y a que 2 générations d’écart entre pépé Jules et moi J, j’ai connu ces gens pour qui le maître ou la maîtresse étaient « dieu le père ». J’ai été un brin plongée dans cette atmosphère-là, et lorsque l’an dernier j’ai réalisé que l’Ecole avait du plomb dans l’aile, c’est cette Ecole que j’ai cru qu’il fallait « sauvegarder ».

J’ai connu le maître d’école, via les histoires racontées par mes grands parents, j’ai suivi l’école avec un instituteur, et mes filles ont été les élèves de professeurs des écoles.

La fonction a glissé gentiment : plus le nom s’étoffe

et moins le respect qui lui était attaché perdure.

 

Cette école n’est plus. Nous sommes un certain nombre à ne pas l’avoir réalisé.

Je réalise aujourd’hui que je me bats pour une chimère.

Je suis l’une des fondatrices de nevE, j’ai écrit des statuts qui impulsent une cohésion entre les différents intervenants de la « vie scolaire » de nos enfants croyant qu’il fallait s’unir pour résister à la mise à mal de l’école, par une volonté politique et surtout comptable.

Je suis désolée, car au fil des jours, ma foi s’étiole pour ne pas dire s’éteint.

Les "professeurs des écoles" ne sont pas les "maîtres" d’autrefois. Ils aimeraient sans doute mériter le respect que leurs aïeux connaissaient, mais la "vocation" est une option désuète.

Les profs des écoles sont "dépassés" par les enfants qui "n’écoutent plus rien", par les parents qui ne les respectent plus et par leur hiérarchie qui les "réforme" à tout va L.

Et voilà qu’en plus ces cons d’informaticiens ont créé des "tablettes" qui peuvent dispenser du savoir en un clic L.

Il y a un changement qui DOIT s’opérer !

Les réformes qui font tant hurler ne sont pas bonnes, pas équitables, pas réfléchies, pas gérables, pas discutées …. Je suis d’accord avec tout cela.

 Sauf qu’en fin de compte, ça ne signifie pas qu’il ne faut Pas réformer !

Au contraire, il est plus que temps !

Les enfants sont malheureux à l’école, bien souvent, et NVB et ses sbires n’y sont pour rien. Ils agissent en révélateurs, ni plus ni moins.

 Les gosses ont évolué et les profs restent attachés à un statut obsolète.

 Sorry ! J’ai voulu y croire, mais la dernière grève m’a ôté toutes mes illusions !

Il y a eu du monde à Paris (10 octobre 2015). Les syndicats sont sortis de leur léthargie !!!

Ben oui, le sacro saint statut du fonctionnaire en a pris un coup.

 

 

On parle de tenir compte du "mérite". On voudrait que des profs chevronnés, aguerris aillent se colleter les loulous des quartiers chauds, vous savez, ceux qui sont payés du double des autres, grâce à leur ancienneté.

 

 

Je l’ai lu, le « point d’étape »

La copie est à revoir, il n’y a pas le financement prévu à la hauteur des enjeux, et donc on est dans le «bidouillage » et ça ne va pas. Mais il y a des points positifs : la place faite aux enseignements techniques, l’investissement des directeurs… ce ne sont pas que des inepties.

nevE pour moi, devait être un espace de réflexion aussi.

Mais là tout de suite, c’est la guerre contre l'Education Nationale, et je ne suis pas une guerrière.

 Le corps enseignant se sent lésé et veut défendre ses prérogatives, je le comprends J mais je me dissocie de ce combat, d’où le titre de ce billet : RUPTURE.

 Et débâcle !

Je ne sais pas trop, peut-être faut il simplement laisser le temps au temps.

Il y a des questions qui se posent, il y a des propositions de réponses.

Peut-être est il trop tôt. 

Certains tentent l’aventure d’autre chose, autrement.

 

Les parents d’aujourd’hui ne sont plus les illettrés de la fin du XIXème.

Peut-être s’agit-il aussi pour eux, qui ont tant d’opportunités entre les mains, de s’occuper de l’éducation de leur progéniture ?

 

Autant, s’appuyer sur le maître/dieu se comprenait du temps de Pépé Jules, autant aujourd’hui , tout déléguer aux enseignants pour se vautrer devant le match avec les potes, sans penser, sans rêver, sans communiquer avec nos enfants, ça craint.

 

Notre histoire est à un tournant, je ne suis ni sociologue, ni historienne, mais nous allons devoir INVENTER.

Les moutons qui vousnous dépriment aujourd’hui, nous les avons créé ou nous avons laissé faire, c’est pareil.

 

 

Je crois surtout que nous avons tiré profit de cet endormissement, il va falloir se réveiller, mais autrement qu’en envoyant des émoticônes vomissant sur les articles liés à la ministre sur Face Book.

 

Pour ma part , le constat est celui-ci : je ne me retrouve plus dans tout cela.

Je reste donc en retrait le temps que la débâcle se fasse et je souhaite bon courage à ceux qui sont dans le guerroiement pour quelques temps encore. 

Dernière modification le mardi, 20 octobre 2015 21:43
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